
Le manque de fonds retarde la création de nouvelles villes. C’est ce qu’explique notre collègue Michel Chui Chun Lam dans l’édition d’hier de «l’express».Mais, avons-nous réellement besoin de nouvelles villes, surtout vu l’état de celles qui existent déjà ?
« IL n’y a aucune nécessité de créer de nouvelles villes parce que l’île entière est déjà une petite ville avec seulement quelque 1,2 million d’habitants » , lance l’architecte Gaëtan Siew. « Nous avons besoin de nouvelles villes. Déjà, lorsque j’étais ministre des Administrations régionales, j’avais travaillé sur un projet de loi en 2003 visant la municipalisation de tout le pays » , rétorque, pour sa part, Joe Lesjongard. Un avis qui est plutôt partagé par l’urbaniste et environnementaliste Vasant Jogoo.
Mais, au lieu de municipalisation généralisée, il évoque le besoin d’améliorer l’administration des grands villages entraînant la création de quelques nouvelles municipalités. Le débat est donc ouvert sur le besoin ou pas de nouvelles villes, d’autant que leur création est rétardée par le manque de financement, selon un article signé Michel Chui Chun Lam dans l’édition d’hier de l’express . Cependant, il n’y a pas un modèle qui s’impose car de nombreuses considérations entrent en jeu. _ Il y a tout un courant de pensée qui estime qu’il est important de responsabiliser les conseils de district en métamorphosant leurs structures et leur donner le statut de mairies. « J’avais même proposé de séparer des districts comme Pamplemousses et Rivière- du- Rempart en leur consacrant deux municipalités distinctes » , explique Joe Lesjongard.
Il s’agirait de corriger des déséquilibres. Il existe des villages qui possèdent des infrastructures égales à celles des villes mais qui n’ont pas les mêmes facilités.
C’est ce qui amène Vasantt Jogoo à penser que tout le processus n’est qu’un acte législatif, d’autant plus qu’il y a des villages qui se développent plus vite que des villes.« Cela est, en partie, dû à un taux de migration élevé des zones urbaines vers les zones rurales » , fait ressortir l’urbaniste. La cause est simple. Des citadins se retrouvent de moins en moins dans les villes en l’absence d’une véritable politique d’aménagement du territoire.
Si les villages se sont développés aussi rapidement, c’est que l’administration régionale a bénéficié du soutien de la National Development Unit (NDU) mise en place dans les années 1980. « Aujourd’hui, il est temps de mettre toutes les régions de l’île sur un pied d’égalité avec un financement égal. Il s’agit aussi d’harmoniser les municipalités et les conseils de district » , assure Joe Lesjongard. Une telle démarche permettrait d’éliminer la NDU, d’obtenir une gestion décentralisée et une certaine autonomie fi nancière pour chaque région.
Pourtant, lorsqu’on regarde l’état de nos villes actuelles, on ne peut s’empêcher de se demander si la municipalisation du pays ne provoquera pas les mêmes carences au niveau administratif dans les nouvelles zones urbaines.
Pour Joe Lesjongard, la faute revient à une mauvaise gestion dans les municipalités. C’est aussi une question de personnes. « On a des conseillers qui ne savent même pas ce que c’est que de gérer une ville. Tout dépend de qui on va choisir pour installer dans ces nouvelles municipalités » , Joe Lesjongard. La municipalisation serait également, pour Vasantt Jugoo, un moyen de corriger des anomalies.
Il rappelle que le niveau d’urbanisation dans le pays est plutôt bas avec une population tournant autour de 44 %. « Cela ne reflète pas le niveau de développement du pays » , estime- t- il. Il plaide aussi pour qu’on dote de municipalités ces villages qui génèrent déjà des revenus.
Il cite le cas de Grand-Baie ou encore de Tamarin qui seraient déjà des villes. « Ce sont des villages où on n’a pas à investir de l’argent durant le processus de municipalisation. Donc, il ne faut pas se focaliser sur la question du nombre de personnes qui habitent telle ou telle région pour savoir quelle région va devenir une ville ou non » , souligne l’urbaniste.
Se fonder sur le taux de natalité Ne serait- ce pas en fin de compte reprendre les mêmes recettes pour reproduire les mêmes modèles avec les dysfonctionnements qu’on connaît ? L’essentiel n’est- il pas d’avoir une vision globale des choses ? On sait que la natalité n’augmente pas à un taux élevé par an, rappelle Gaëtan Siew. On peut donc faire des projections. Ce critère est important. « Car, c’est en fonction de la population qu’on identifie les besoins en termes de logements et d’infrastructures » , explique l’architecte. Plusieurs considérations interviennent pour savoir quel mode d’urbanisation on veut pour un pays. Dont, son modèle économique. Serait-ce une économie de service ou de production ? « En fonction des choix qu’on fait, on crée les lieux de travail là où les gens vivent. C’est toujours le triptyque work, live and play qui détermine le reste » , indique Gaëtan Siew. Le tout reposant sur une planification qui garantit le développement durable. Pourquoi, dès lors, s’entêter à créer de nouvelles villes ? Gaëtan Siew ne passe pas par quatre chemins. _ _ Ce projet de municipalisation est, selon lui, des opérations immobilières. Il y a ces terrains que l’Etat a acquis ou encore a obtenus et qu’il faille valoriser. « Et on sait bien que les gens investissent dans l’achat des terrains qui est une valeur stable. En fait, on ne crée pas de nouvelles villes mais on fait des projets immobiliers » , insiste t- il. Pour justifier la manoeuvre, on ne ferait que lancer des zones résidentielles, des centres commerciaux ou encore des espaces de loisir relativement minimalistes. L’important aujourd’hui est d’avoir une vision inéluctable des choses. Un projet de planification qui s’inscrit dans le temps. Gaëtan Siew, en ce sens, cite l’exemple de Malte qui a planifié son développement en tant que ville. Ou encore une ville qui n’est pas île. « Soit Perth qui s’est développée comme une ville étant isolée du monde et entourée de désert » , précise l’architecte. D’où aussi l’intérêt de développer l’île comme une cité- Etat. Cela permet d’optimiser les ressources avec une seule administration au lieu de plusieurs municipalités.
Source: L'Express du 19/07/2012 Nazim ESOOF