Industrie du bâtiment : Une «inertie» qui peut coûter cher

12 juillet 2011 Par Xavier Avery Buckner

L'express du mardi 12 juillet 2011

batiment-construction

Les acteurs du secteur de la construction disent faire face à un avenir sombre. Mais ne sont-ils pas quelque peu responsables de leur sort ?

AU premier abord, l’information paraît incongrue. En effet, depuis quelques mois, les opérateurs du secteur de la construction tirent la sonnette d’alarme. Apparemment, l’avenir s’annonce difficile pour eux. Un article dans l’express d’hier résumait leurs doléances : pas assez de nouveaux projets, des coûts trop élevés et un processus d’obtention de permis de développement trop lent. Cependant, en regardant autour de soi, on n’a vraiment pas l’impression que l’industrie du bâtiment soit dans le marasme. Au contraire. Pas assez de projets ? Vraiment ? Le pays ressemble pourtant à un chantier. Des coûts trop élevés ? Ne sont-ils pas répercutés sur les clients ? En ce qui concerne les permis de développement, que suggèrent- ils ? Qu’on leur donne carte blanche ? Sérieusement, les problèmes du secteur ne viendraient-ils pas du fait qu’il a trop longtemps évolué isolément, sans prendre en compte les besoins du pays et les défis du jour ? Le business, les hommes d’affaires aiment à répéter, c’est le business. Si on suit cette logique, on serait tenté de dire que les entreprises du bâtiment qui luttent pour leur survie ne méritent peutêtre pas d’exister. D’autant plus que le secteur de la construction passe par un boom sans précédent.

Les Mauriciens le savent parce que, bien souvent, c’est eux qui paient le prix de la prospérité des constructeurs. Et quasiment aucune région de l’île n’est épargnée par cette frénésie. Partout on coupe les arbres pour couler du béton et de l’asphalte. Le silence a été remplacé par le martèlement des machines lourdes.

Les camions transportant les matériaux de construction bloquent les routes. Des grues campent sur la ligne d’horizon. Si cela, ce sont les années de vaches maigres, ce serait effrayant de voir à quoi ressemblent celles des bovins gras. Il n’est pas question d’ici d’être contre le développement, même si ce mot a été outrancièrement galvaudé. Il mérite aussi d’être dit que le pays possède des entreprises de construction de niveau international. Mais là où le bât blesse, c’est quand les opérateurs du secteur cèdent à l’alarmisme et menacent d’avoir à renvoyer des ouvriers dans un avenir proche. A titre de justification, ils disent que le coût de la main-d’oeuvre a augmenté, qu’un maçon touche aujourd’hui une paie quotidienne de Rs 1 000, comparée à Rs 600 il y a cinq ans. Si seulement les ouvriers n’avaient pas demandé une rémunération plus décente, tout serait allé tellement mieux… Mais le véritable problème ne pourrait- il pas être tout autre ? N’est- il pas possible de postuler que le secteur est en fait la victime de son propre succès ? Autrement dit, qu’on a tellement construit ces dernières années sans prendre en compte, même sommairement, des concepts importants comme l’urbanisme et la construction écologique que l’industrie souffre désormais d’une crise d’identité ? C’est presque comme si les entreprises de construction veulent que les contrats continuent à pleuvoir sans pour autant aider à créer les conditions propices à une prospérité durable. Ne leur en déplaise, cette grille de lecture est plus que jamais d’actualité.

Dans le monde d’aujourd’hui, il n’est plus possible pour les entreprises d’être des entités purement commerciales car elles ont également un rôle social et écologique à jouer. Prenons un exemple. De 1995 à 2005, l’environnement bâti a gagné 10 000 hectares pour arriver à 51 000 hectares. « L’environnement bâti recouvre 20 % du territoire et ce chiffre croît d’année en année. Entre 7 000 et 10 000 permis de construction sont octroyés chaque année, pour des projets aussi bien résidentiels que non résidentiels. Une population croissante alliée aux activités économiques incluant le tourisme a donné lieu à une augmentation de 40 % dans le nombre de bâtiments qui est passé de 200 626 en 1990 à 280 545 en 2006 », explique le plan d’action pour la consommation et la production durables du ministère de l’Environnement et du Développement durable.

Mais au-delà de gonfler les indicateurs économiques, quelle a été la véritable contribution au pays du secteur de la construction ? A- t- il cherché à réduire sa consommation en eau et en énergie ? A- t- il essayé de construire des bâtiments plus respectueux des hommes et de l’environnement ? Ce qu’il y a de plus important, a- til réussi à proposer un plan global pour définir ses responsabilités envers le pays de même que ses ambitions pour celui- ci ? A quelques exceptions près, la réponse à ces questions est non. Le plan d’action avait d’ailleurs épinglé « l’inertie » de l’industrie dans son volet consacré à la construction durable. Parmi ses recommandations : l’élaboration d’une « vision nationale » et d’un système d’évaluation pour les bâtiments, ainsi que la mise en place de règlements pour mieux refl éter la contribution des constructions vertes : « Les bâtiments durables coutent souvent plus cher. Dans le long terme toutefois, ils consomment moins et protègent l’environnement. Par extension, ils réduisent les coûts encourus pour protéger les biens publics ( tels que l’air et l’eau propres) et pour les infrastructures publiques ( telles que les centrales électriques et les réservoirs d’eau potable). » Si toutefois l’industrie décide d’ignorer ces tendances, elle devra se résigner à procéder en tâtonnant dans l’attente que tel investisseur ou tel promoteur daignent faire appel à elle. Ce passage à vide pourrait pourtant être bénéfi que pour les acteurs du secteur, du moins pour ceux qui sont prêts à s’adapter et à se réinventer. Eh oui, c’est précisément maintenant qu’ils doivent définir leurs rôles, que ce soit par rapport à Maurice : île durable (MID) ou par rapport à l’impact de leurs activités tout simplement.

Un moyen pour eux d’arriver à cela serait peut-être de créer une pépinière pour permettre aux urbanistes et constructeurs écologiques en herbe de réaliser leur potentiel. Cela ne leur ferait pas de mal non plus d’essayer d’encourager les autorités à adopter des plans d’aménagement du territoire et d’urbanisme. Cela ne suffit plus de simplement exercer des pressions pour obtenir de gros contrats ; il leur faut devenir des acteurs qui s’engagent à créer une île plus propre et agréable à vivre. Faute de cela, leurs cris de désespoir tomberont dans les oreilles de sourds.

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