ARCHITECTURE VILLES Innover pour attirer et se démarquer

Publié le 15/03/2011 | Mis à jour le 27/10/2026 • Par Xavier Avery Buckner

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Le projet de ville nouvelle à Highlands ne devrait pas aboutir de sitôt. Cette nouvelle capitale, où l’on devait transférer la plupart des institutions dont le Parlement et la Cour suprême, avait- elle les moyens d’attirer, outre les investisseurs, les compétences porteuses d’innovation ? Pour l’architecte Gaëtan Siew qui a participé, du 9 au 11 mars derniers, au Marché international des professionnels de l’immobilier à Cannes, il ne fait aucun doute que le point faible du projet relève du manque d’attractivité basée sur l’innovation. _ _ Même si le projet se tournait résolument vers l’avenir, en mettant notamment l’accent sur les énergies renouvelables, il n’en demeure pas moins que Highlands devait avant tout être un centre décisionnel, économique et résidentiel. En clair, rien de bien innovant. Or, les pouvoirs publics en quête d’investissement pour une ville nouvelle sont en concurrence avec d’autres projets, sur une niche restreinte et compétitive. C’est bien l’innovation tant dans le concept que dans la durée qui ouvre le robinet des financements. _ _ Trois axes majeurs sont à mettre à l’honneur pour qu’une ville soit attractive, selon l’architecte Gaëtan Siew : mobilité, ère numérique, identité et culture. Alors que l’urbanisation se poursuit, ce sont de nouveaux modèles de développement qui s’affi rment dans des villes en perpétuelle mutation. L’enjeu pour les métropoles du Nord est de préserver un capital d’attractivité contenu dans la puissance économique et le rayonnement culturel. Pour les villes du Sud, surtout des économies à forte croissance, le pari est peut- être plus important : réussir à rattraper les métropoles du Nord tout en alliant développement durable et innovation. Singapour, cas particulier s’il en est un, est une cité- Etat qui fl irte continuellement avec le meilleur des standards mondiaux en termes de qualité de vie, de mobilité, d’enseignement, de travail et plus que tout d’innovation. Et c’est justement l’un des points clés de la réussite de Singapour à l’international : attirer les compétences pour innover, ce qui attirera d’autres compétences porteuses d’autres innovations. Un cercle vertueux en somme. _ _ « L’innovation technologique est à la fois une cause et une conséquence du développement urbain. Elle peut jouer un rôle moteur dans la structuration de la ville, mais doit aussi répondre à de nouveaux besoins qui s’expriment. L’essentiel, aujourd’hui, étant de mettre l’innovation technologique au service du bien- être des populations, dont une très grande majorité vivra, demain, en milieu urbain » , peuton lire dans un rapport de Véolia Environnement intitulé « Le développement urbain : les nouvelles contraintes » . En effet, les nouvelles technologies abolissent les frontières, effacent les distances, permettent de gagner du temps tout en accroissant également la mobilité tant virtuellement ( capitaux, informations) que concrètement ( hommes, marchandises). _ _ Pour les villes du Sud, dont les nôtres, qui auraient pu être traitées comme un seul ensemble multipolaire, le pari est d’assurer une mobilité fluide ( infrastructures, transports publics) tout en trouvant leur place dans le train des innovations technologiques. Pour ce faire, il ne s’agit pas que de créer des espaces commerciaux ou résidentiels. _ _ Ville intermédiaire La ville de demain n’est pas forcément la grande mégapole ou la métropole de plusieurs millions d’habitants. La densifi cation, préconisée à Maurice par la National Development Strategy de 2003, va de pair avec un éclatement des aires urbaines, chaque centre ayant son identité propre. La ville intermédiaire, de 20 000 habitants à deux millions dans le cas des pays très peuplés, semble être la solution à de nombreux problèmes de congestion, d’asphyxie, d’anonymat, de pollution, etc. La ville intermédiaire est plus fonctionnelle, à taille humaine, tout en offrant un bassin suffisant pour la stimulation économique et l’innovation sociale et technologique. Elle constitue un « lieu de centralité de biens et services spécialisés ..., un centre d’interaction sociale, économique et culturelle, un espace bien équipé, disposant d’infrastructures qui relient les réseaux locaux, régionaux, nationaux et même internationaux » , explique Josep Maria Llop Torné, directeur du programme international sur « les villes intermédiaires et l’urbanisation mondiale » de l’Union internationale des architectes ( in Diagonal , mars 2001). _ _ N’y a- t- il pas une piste à creuser pour une petite île comme la nôtre ? Nos villes intermédiaires – Beau- Bassin/ Rose- Hill, Quatre- Bornes, Vacoas/ Phoenix et Curepipe – ne jouent pas cette partition. C’est que la dynamique de réseau n’existe pas ou pas assez, que les fonctions résidentielles et commerciales écrasent l’innovation, qu’elle soit culturelle ou technologique. _ _ L’innovation culturelle justement, déjà très timide à l’échelle locale, ne porte aucunement nos villes sur la scène régionale. Le problème c’est qu’on fait « un amalgame entre évènementiel et politique culturelle ; or, une politique publique forte en matière culturelle(…) anime une ville et en fait un lieu attractif tant pour les visiteurs que pour des compétences professionnelles ou des investisseurs » , croit Gaëtan Siew. Il en veut pour preuve « les calendriers culturels qui rythment le monde et offrent une belle exposition des villes au monde : exposition universelle de Shanghai, festival de Rio, de Cannes, Carnaval de Venise, etc. » Certes, ce sont des villes prestigieuses mais d’autres moins connues tentent aussi leur chance à l’instar de Gwangju en Corée du Sud qui se rêve capitale culturelle de l’Asie. Les moyens qu’elle met en oeuvre sont d’abord politiques et ensuite économiques. Ce pari culturel de Gwangju relève de l’innovation. _ _ Or, « si la ville se vit comme une plate- forme d’innovation ouverte, elle a des chances d’être plus attractive, de se transformer en profondeur, en devenant plus durable, plus vivante et solidaire » (( D. Kaplan et T. Marcou, « La ville 2.0 plate- forme d’innovation ouverte » , 2009). Un pari que Maurice pourrait relever, sinon à l’échelle d’une ville, peut- être à l’échelle de l’île.

Gilles RIBOUET L'Express du MarDi 15 Mars 2011

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