
Les «wetlands» de Grand-Baie subissent les assauts des promoteurs immobiliers. Si rien n’est fait pour remédier à cette situation, la région court vers la catastrophe.
Grand Mare Longue, Mare Soyfoo, Mare Michaux… Les alentours de Grand-Baie pullulent de zones humides verdoyantes aux noms évocateurs. Audelà de leurs qualités esthétiques, ces sites recouvrant plus de 15 hectares remplissent une multitude de fonctions écologiques essentielles.
Ils absorbent et filtrent l’eau de pluie, protégeant ainsi nos lagons de toutes sortes de pollution. Ils abritent aussi une riche biodiversité. Pour reprendre une comparaison des plus appropriées, les zones humides agissent en fait comme les reins du littoral. Mais voilà, dans cette région qui est en proie aux promoteurs fonciers et pollueurs sans scrupules, les zones humides ont une vie très dure. Il n’est toutefois pas trop tard pour essayer les sauver. Cela dit, la tâche s’annonce ardue. «Il y a un manque total de connaissances par rapport à l’importance de ces zones. Je ne compte plus les camions qui viennent y jeter des déchets de construction», déplore, las, Loulou, un habitant de la région. A chaque fois que cela se produit, il notifie le ministère de l’Environnement et du Développement durable qui envoie, la plupart du temps, une équipe sur les lieux. Composées en général de représentants des ministères de l’Environnement et du Développement durable, des Terres et du Logement et de l’Agro-industrie, du National Parks and Conservation Services (NPCS), du Ramsar Committee et du Conseil de District, ces équipes sont malheureusement des «chiens de garde sans dents», selon l’aveu d’un fonctionnaire qui ne veut pas être nommé.
Actuellement, les zones humides sont protégées par l’Environment Protection Act de 2002 et l’EC3 Policy du ministère des Terres et du Logement. Celle-ci stipule qu’aucune structure permanente ne peut être érigée sur une zone humide (parmi les paramètres utilisés pour les classer : la flore et la faune, le type de sols et la qualité de l’eau) ou dans la zone tampon de 30 mètres qui l’entoure. Mais voilà, les enjeux sont tels que d’aucuns choisissent d’ignorer ces directives. «L’urbanisation représente la plus grande menace pour les zones humides. Les terrains dans cette région de l’île ont beaucoup de valeur et ne pas les développer représente un manque à gagner conséquent pour leurs propriétaires. On compte sur les Mauriciens pour faire leur devoir civique et notifier la Police de l’Environnement quand ils constatent des infractions», explique un technicien.

Selon lui, il faudrait un cadre légal plus strict pour punir les tentatives de comblement des zones humides. Du côté d’un des ministères concernés, on abonde dans le même sens. «Les terres étant limitées, les gens construisent un peu partout, que ce soit sur les berges de rivières ou sur les zones humides. On a déjà perdu beaucoup de wetlands, il est temps de protéger celles qui nous restent», indique-t-on. Répercussions sur les lagons La situation est en effet alarmante. Selon les chiffres fournis par le ministère de l’Environnement et du Développement durable, environ 66% des zones humides de Grand-Baie ont été comblées depuis 1975 et 1 000m² continuent à l’être chaque année. Cette tendance a des implications néfastes aussi bien pour les zones humides elles-mêmes que pour les lagons des alentours car la moindre altération de leur hydrologie peut bouleverser leur capacité à remplir leurs fonctions écologiques.
A titre d’exemple, la disparition des wetlands a comme résultat un déversement accru d’eaux de pluie dans les lagons avec tout ce que cela implique comme risques d’envasement et d’envahissement d’algues pour ceux-ci. Et ce ne sont pas les habitants de Bain Boeuf qui diront le contraire. Un rapport compréhensif rédigé par les fi rmes de consultants Watershed et NWFS pour le compte du ministère de l’Environnement et du Développement durable avait tiré la sonnette d’alarme dès mai 2008.
«La capacité de toutes les zones humides de Grand-Baie à remplir leurs fonctions est en voie d’affaiblissement par le comblement et la dégradation de ces zones et des zones tampons. En raison de leur proximité avec les zones urbaines de Grand-Baie, toutes les zones humides répertoriées courent le risque d’être urbanisées (c’est-à-dire converties à des fins non-agricoles, en l’occurrence résidentielles, commerciales et industrielles). En particulier, les zones humides de Grand Mare Longue, Mare Michaux et Mare Soyfoo sont très à risques. Le comblement de ces zones est en train de se faire de façon active.»
Que faire pour les protéger donc ? Pour commencer, il faudrait déjà que le Conseil des ministres approuve l’étude sur les zones environnementales sensibles complétée l’année dernière. Ce rapport, qui avait répertorié plus de 200 zones humides à travers le pays, coordonnées GPS à l’appui, pourrait constituer la base d’une gestion durable des niches écologiques à risque. Pour l’instant, les décisions du Ramsar Committee n’ont pas force de loi. De fait, cette agence ne peut que conseiller les ministères. Il serait également souhaitable de renforcer les ressources humaines et financières du NPCS et des autres enforcement agencies pour qu’ils puissent mieux détecter et sanctionner les abus. Les différentes autorités devraient aussi penser à mieux coordonner leurs efforts afin d’être plus efficaces.
Pour Loulou, la protection des zones humides passe par leur valorisation auprès des Mauriciens. Il pense, en effet, qu’il serait peut-être utile d’aménager ces sites afin de permettre à tout un chacun d’en profiter. De fait, les gens se sentiront directement concernés par le sort de ces sites uniques. Le problème avec ce raisonnement, c’est que 96% des zones humides et 92% des zones tampons sont situées sur des terres privées. La conscientisation des propriétaires est donc essentielle. «Il ne faut pas oublier l’aspect humain si on veut trouver un juste équilibre entre l’environnement et le développement», rappelle le technicien. Il soutient qu’il faut fournir des alternatives aux propriétaires de terrains se trouvant sur des wetlands, faute de quoi ils n’auront d’autre choix que d’y construire. Quoi que les autorités décident de faire, ils doivent se presser les reins du littoral sont au bord de l’effondrement.
Source: L'Express du Mardi 14/09/2010 Osmose animée par Nicholas Rainer