
Le patrimoine foncier des trois principales religions du pays est estimé à plusieurs milliards. Mais il n’est pas commercialisable. « Prenez, par exemple, l’église de Cassis. Le terrain et le bâtiment avec ses pierres taillées et ses centaines de décorations fabriquées minutieusement à la main valent plusieurs millions de roupies. Mais on ne peut les vendre. Ils font partie d’un patrimoine religieux et historique de valeur inestimable », explique Monseigneur Amédée Nagapen, ex-vicaire général et historien. Idem pour les principaux temples hindous et les mosquées du pays. Nissar Ramtoola, président de la Jummah Mosque, explique que s’il fallait la reconstruire à l’identique, il faudrait Rs 125 millions.
Si on prend en considération l’emplacement de cette mosquée et sa superficie, sa valeur représenterait plus que le double de ce que coûterait sa reconstruction à l’identique. De plus, l’Islam est la seule religion du pays à posséder des biens fonciers outre ses lieux de culte. « Nous possédons 22 bâtiments dans la capitale, dont l’Ehram Court, occupé entiérement par la MRA. Les 22 bâtiments, qui valent en moyenne Rs 10 millions, sont tous loués à des tierces », indique Nissar Ramtoola. Pourquoi cette politique fonciére ?
« Simplement parce que nos aïeux ont eu la sagesse d’investir dans le foncier pour pouvoir soutenir économiquement nos mosquées », souligne le président de la Jummah Mosque. En effet, avec 210 mosquées sunnites à travers le pays, les Rs 11,7 millions de subventions que verse l’Etat annuellement au comité Waqf suffisent à peine à payer la facture d’électricité de ces lieux de priére. Les loyers obtenus des 22 bâtiments et les dons des fidéles représentent des sources de revenus nécessaires pour financer notamment les salaires du personnel des mosquées ainsi que les activités religieuses, explique-t-on. L’Eglise catholique, quant à elle, posséde peu de terrains. Il était question, il y a environ un an, d’un développement foncier sur deux lopins de terre contigus d’environ un arpent appartenant respectivement à la cure de Notre- Dame de Lourdes et au diocése de Port-Louis. Mais il est aujourd’hui plus que probable que ce terrain soit mis en vente sous peu. « L’Eglise catholique posséde trés peu de terrains. Le plus gros lopin qu’elle possédait, environ 40 arpents à Vallée- des-Prêtres, a été donné en cadeau au gouvernement. C’est le ministre des Terres et du Logement d’alors, sir Razack Mohamed, qui avait demandé à Monseigneur Liston de lui céder ce terrain pour la construction de maisons pour les démunis. Cité La Cure, entre autres, a été construite sur ce terrain », raconte Mgr Nagapen.
« Nos aïeux ont eu la sagesse d’investir pour soutenir nos mosquées »
Source: L'Express du Dimanche 12 Septembre